Chaque année, c'est le même glissement. Fin septembre, le compteur de pas commence à descendre, sans qu'on ait rien décidé. On accuse la nuit qui tombe plus tôt, le changement d'heure, le manque de motivation. Les données objectives racontent autre chose : ce qui pilote votre nombre de pas au fil de l'année, c'est d'abord la température. Pas le calendrier, pas la durée du jour.
La nuance a l'air anodine. Elle ne l'est pas, parce qu'elle change complètement ce sur quoi vous pouvez agir.
L'écart saisonnier existe, et il se mesure
Commençons par établir le fait. La baisse hivernale n'est pas une impression : elle est documentée depuis longtemps, avec des podomètres et des accéléromètres, pas des questionnaires.
L'étude la plus citée sur des adultes reste celle de Hamilton, Clemes et Griffiths, publiée en 2008 dans Annals of Human Biology. Quatre-vingt-seize adultes britanniques ont porté un podomètre pendant quatre semaines en été, puis quatre semaines l'hiver suivant. Résultat : 10 417 pas par jour en moyenne l'été contre 9 132 l'hiver, soit 1 285 pas de moins par jour. L'écart tenait tous les jours de la semaine, week-ends compris.
Ce n'est pas un cas isolé. En 2021, une revue de portée parue dans l'International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity a rassemblé 110 études, 118 189 participants, 30 pays. Conclusion : le volume d'activité et l'activité modérée à vigoureuse sont plus élevés en été qu'en hiver, et le temps passé assis est plus élevé en hiver qu'au printemps ou en été. Le phénomène est robuste.
En revanche, son ampleur varie énormément d'une population à l'autre. Sur les données d'utilisateurs de balances et de montres connectées, Withings a publié un classement saisonnier bien plus resserré : 7 053 pas par jour l'été, 6 843 au printemps, 6 656 l'hiver et 6 541 à l'automne. Cinq cents pas d'écart entre le haut et le bas de l'année, là où l'étude britannique en trouvait 1 285.
Et surtout, regardez l'ordre. Dans ce jeu de données, la saison la plus creuse n'est pas l'hiver, c'est l'automne — 115 pas sous l'hiver. Si la lumière du jour était le seul moteur, décembre devrait être le plancher. Il ne l'est pas.
Le pic est autour de 20 °C, et la chaleur coûte plus cher que le froid
C'est une étude japonaise qui donne le mécanisme le plus net. Kimihiro Hino, Jung Su Lee et Yasushi Asami ont exploité les podomètres du programme municipal « Yokohama Walking Point », sur 24 625 adultes suivis une année entière, et ont croisé chaque journée avec la météo locale.
La relation n'est pas une droite. C'est une courbe en cloche, avec un sommet entre 19,4 et 20,7 °C. En dessous de ce pic, chaque degré gagné rapporte entre 46 et 53 pas par jour. Au-dessus, chaque degré supplémentaire en coûte entre 98 et 188.
Autrement dit : la pénalité de la canicule est deux à quatre fois plus forte, par degré, que celle du froid. Ce qui explique pourquoi l'été n'est pas toujours le sommet de l'année, et pourquoi le vrai optimum ressemble à une belle journée d'octobre ou de mai, pas au 15 août.
Cette courbe explique aussi la dispersion entre les études. Un hiver d'Europe du Nord vous éloigne du pic d'une bonne douzaine de degrés. Un hiver méditerranéen, environ deux fois moins. Le même mécanisme, deux ampleurs très différentes.
Le changement d'heure ne vous rend pas vos pas
Voilà la croyance la plus tenace, et elle vient d'être testée proprement. En avril 2026, une équipe de l'université Duke a publié dans Nature Health une analyse des transitions d'heure légale à partir de 1 157 porteurs de Fitbit du programme All of Us. Le protocole est élégant : l'Arizona ne pratique pas le changement d'heure, il sert donc de groupe témoin face aux États voisins qui le pratiquent.
Le verdict est sans appel sur le total : le changement d'heure ne modifie pas le nombre de pas quotidiens. Ni au printemps (β = 31,9, p = 0,799), ni à l'automne (β = −9,5, p = 0,950). Rien.
Ce qu'il modifie, c'est la répartition. Au passage à l'heure d'hiver, les auteurs mesurent 202 pas de plus le matin et 180 pas de moins le soir. Au printemps, l'inverse. Vos pas se déplacent dans la journée, ils ne disparaissent pas.
« Changer d'heure ne semble pas être le bénéfice de santé publique que certains imaginent, du moins en termes de niveaux d'activité », résume Jessilyn Dunn, qui a dirigé l'étude.
Si votre moyenne mensuelle chute en novembre, ce n'est donc pas le décalage d'une heure qui l'explique. C'est ce qui l'accompagne : la température, la pluie, et l'envie.
La lumière compte moins qu'on ne le croit
L'expérience naturelle la plus parlante vient d'Islande. Dans l'étude AGES-Reykjavik, Nanna Arnardóttir et ses collègues ont équipé 138 personnes âgées en moyenne de 80 ans d'accéléromètres, une fois l'été et une fois l'hiver. À cette latitude, l'écart de durée du jour entre les deux mesures approche les sept heures et demie.
Sept heures et demie de lumière en moins. On s'attend à un effondrement. On observe une activité totale supérieure d'environ 19 % l'été (111 contre 93 milliers de « counts » par jour), et une activité de la vie quotidienne qui passe de 36 minutes par jour l'été à 27 l'hiver. Neuf minutes.
C'est réel, c'est mesurable, et c'est beaucoup plus modeste que ce que le scénario catastrophe laissait attendre. Les auteurs notent eux-mêmes que le contraste de luminosité, pourtant spectaculaire, produit des variations d'activité relativement contenues.
Ce que vous pouvez réellement en faire
Sortons du constat. Voici ce que ces données autorisent concrètement.
- Mesurez votre écart à vous, pas celui des études. Entre 500 et 1 300 pas selon les cohortes : la fourchette est trop large pour vous servir de repère. Votre historique de l'an dernier, lui, est exact. Si vous suivez déjà vos pas avec une montre ou une balance connectée, l'historique est déjà là, il suffit de le regarder par saison plutôt que par semaine.
- Comparez d'une année sur l'autre, pas d'un mois sur l'autre. Une baisse d'octobre à décembre est une information nulle : elle arrive à tout le monde. Un décembre 2026 comparé à un décembre 2025, c'est un signal.
- Visez la fenêtre, pas l'heure. Si le pic se situe autour de 20 °C, les meilleurs créneaux d'octobre à mars sont les heures les plus douces de la journée, souvent le début d'après-midi. En été, c'est l'inverse : tôt le matin ou tard le soir, puisque au-delà du pic chaque degré coûte cher.
- À l'automne, déplacez plutôt que renoncez. L'étude de Duke montre que le matin absorbe naturellement ce que le soir perd. Accompagner ce mouvement — un trajet à pied le matin plutôt qu'une marche à 18 h dans le noir — demande moins de volonté que de lutter contre lui.
- Ne confondez pas la météo du jour et la saison. Une semaine pluvieuse ne dit rien de votre tendance. Le croisement n'a de sens que sur plusieurs mois.
C'est exactement le genre de corrélation que Kantise est fait pour montrer : le connecteur météo pose la température et les précipitations à côté de votre compteur de pas, et vous laissez la courbe apparaître d'elle-même. Nous avions déjà exploré cette mécanique dans notre article sur les corrélations entre sport et météo, et l'effet de saison en est le prolongement le plus visible.
Un dernier point, qui a son importance. Marcher moins l'hiver n'est pas un échec moral. C'est une réponse rationnelle à un environnement moins accueillant, partagée par plus de cent mille personnes mesurées dans trente pays. Et si l'objectif est de compenser, la piste la plus documentée reste la plus simple : sortir quand même, même moins longtemps. Les bénéfices du temps passé dehors ne dépendent pas de la saison, comme le montre la littérature sur le temps passé dans la nature et les espaces verts.
FAQ
Combien de pas perd-on vraiment en hiver ?
Cela dépend fortement du climat et de la population. L'étude britannique de 2008 mesure 1 285 pas de moins par jour entre l'été et l'hiver ; les données d'utilisateurs Withings donnent environ 500 pas entre la meilleure et la pire saison. Votre propre écart se situe quelque part là-dedans, et seul votre historique peut le dire.
Est-ce la température ou la durée du jour qui compte le plus ?
Les deux jouent, mais la température montre la relation la plus nette. L'étude de Yokohama décrit une courbe avec un sommet entre 19,4 et 20,7 °C. Et l'étude islandaise montre qu'une variation de sept heures et demie de luminosité ne produit qu'une différence d'activité d'environ 19 % — nettement moins que ce que l'intuition suggère.
Le passage à l'heure d'hiver fait-il baisser mon nombre de pas ?
Non, pas le total. L'étude publiée dans Nature Health en avril 2026 ne trouve aucun effet significatif sur le nombre de pas quotidiens, ni au printemps ni à l'automne. En revanche, elle mesure un déplacement dans la journée : environ 202 pas de plus le matin et 180 de moins le soir après le passage à l'heure d'hiver.
Pourquoi l'automne serait-il pire que l'hiver ?
Ce n'est pas vrai partout, mais c'est ce que montre le classement saisonnier publié par Withings, où l'automne tombe 115 pas sous l'hiver. Une explication plausible avancée par les auteurs : les résolutions de début d'année relancent l'activité en janvier et février, alors que l'automne n'a aucun équivalent motivationnel. Retenez surtout que l'ordre des saisons n'est pas universel.
Faut-il essayer de tenir le même objectif de pas toute l'année ?
Un objectif fixe transforme une variation saisonnière normale en échec mensuel de novembre à février. Comparer chaque saison à la même saison de l'année précédente est à la fois plus juste et plus encourageant — et c'est la seule comparaison qui isole vraiment votre effort du thermomètre.
Regarder sa propre courbe
La saison n'est pas une fatalité, mais elle n'est pas non plus un défaut de caractère. C'est une variable. Une fois posée à côté de vos pas, elle cesse d'être une explication vague pour devenir un repère utilisable.
Prêt à découvrir ce que votre année dit vraiment de vos déplacements ? Kantise rassemble vos données d'activité et votre météo locale dans un même tableau de bord, sans vous demander d'y passer vos soirées.
Sources
- Hamilton S. L., Clemes S. A., Griffiths P. L. (2008). « UK adults exhibit higher step counts in summer compared to winter months ». Annals of Human Biology, 35(2). doi.org/10.1080/03014460801908058
- Hino K., Lee J. S., Asami Y. (2017). « Associations between seasonal meteorological conditions and the daily step count of adults in Yokohama, Japan ». Preventive Medicine Reports, 8. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28831368
- Turrisi T. B. et coll. (2021). « Seasons, weather, and device-measured movement behaviors: a scoping review from 2006 to 2020 ». International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 18(24). PMC7863471
- Arnardóttir N. Y. et coll. (2017). « Comparison of Summer and Winter Objectively Measured Physical Activity and Sedentary Behavior in Older Adults: AGES-Reykjavik Study ». International Journal of Environmental Research and Public Health, 14(10). PMC5664769
- Jeong H., Katta S., Wang W. K., Volfovsky A., Dunn J. (2026). « Impact of daylight saving time on physical activity patterns ». Nature Health. PMC13249386
- Withings (2015). « How do our activity levels shift throughout the seasons? ». Withings Blog. withings.com
Kantise est un outil d'observation, pas un dispositif médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé.
