Analyse de Données~9 min de lecture

Changer de montre sans abandonner son historique

Écrit par Pierrick co-fondateur de Kantise
•
7 octobre 2026
Changer de montre sans abandonner son historique

Trois ans de nuits, de footings et de fréquence cardiaque au repos. Et une nouvelle montre dans sa boîte, d'une autre marque. La question arrive au moment de l'appairer : que devient tout ce qui a été enregistré avant ? Certains repoussent leur changement de montre pour cette seule raison. D'autres changent, et découvrent six mois plus tard que leur courbe commence le jour de l'achat.

Bonne nouvelle : votre historique vous appartient, juridiquement et techniquement. Moins bonne nouvelle : aucune marque ne le déménage pour vous. Ce guide vous montre comment le récupérer, où il peut atterrir, et ce qui se perd forcément en route.

Pourquoi vos données ne suivent pas toutes seules

Une montre connectée ne garde presque rien en mémoire. Les données vivent dans le compte du fabricant : Garmin Connect, l'application Santé d'Apple, Samsung Health, le compte Google qui héberge désormais Fitbit. Changer de montre sans changer de marque ne pose donc aucun problème : on se reconnecte au même compte, tout est là.

Le problème commence quand on change d'écosystème. Chaque marque stocke ses mesures dans son propre format, calcule ses propres scores, et n'a aucun intérêt commercial à faciliter votre départ. La Data Transfer Initiative, un organisme à but non lucratif consacré à la portabilité, résume l'obstacle principal : des processus pénibles qui obligent les personnes à télécharger et partager leurs données à la main.

Il existe aussi un piège moins connu : les passerelles automatiques entre applications ne remontent pas le temps. Sur Android, par exemple, la documentation de Health Connect précise que par défaut, une application ne peut lire que les 30 jours précédant la première autorisation ; au-delà, il lui faut une permission d'historique spécifique. Brancher votre nouvelle application sur l'ancienne ne suffit donc pas à rapatrier trois ans.

Ce que la loi vous garantit déjà

En Europe, le droit à la portabilité du RGPD (article 20) s'applique aux montres connectées. La CNIL le cite noir sur blanc : les données d'activité, comme celles d'une montre connectée, font partie de ce que vous pouvez récupérer « dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par une machine ». Vous pouvez même demander une transmission directe d'un organisme à un autre, sauf impossibilité technique que l'entreprise doit justifier.

Une limite importante, toutefois : la portabilité couvre les données que vous avez fournies ou générées, pas celles que le service a déduites. Vos pas, votre fréquence cardiaque et vos séances en font partie. Un score maison calculé à partir d'elles, beaucoup moins sûrement.

Ce qui change depuis le 12 septembre 2026

Le règlement européen sur les données, le Data Act, ajoute une couche propre aux objets connectés. Depuis septembre 2025, les utilisateurs peuvent réclamer les données produites par leurs appareils, gratuitement et dans un format lisible par machine. Et pour les produits mis sur le marché européen après le 12 septembre 2026, le texte impose un « accès dès la conception » : les données doivent être directement accessibles à l'utilisateur, de façon simple, sécurisée et structurée, lorsque c'est techniquement faisable (règlement (UE) 2023/2854, article 3).

Concrètement, cela ne rend pas les anciennes montres plus ouvertes du jour au lendemain. Mais si vous achetez aujourd'hui, la facilité d'export fait désormais partie des critères qu'on peut légitimement exiger.

La méthode, en quatre étapes

1. Exporter l'archive complète avant tout

Avant de désappairer quoi que ce soit, demandez l'export intégral de votre ancien compte. C'est votre assurance, quoi qu'il arrive ensuite.

Le cas Fitbit illustre la règle d'or : un historique ne se perd presque jamais au moment du changement de montre, mais le jour où un compte ferme sans que personne ne l'ait téléchargé.

2. Choisir où l'historique va vivre

Trois options, par ordre de simplicité :

  • Le hub du téléphone (Apple Santé sur iPhone, Health Connect sur Android). Beaucoup de marques y écrivent leurs mesures. C'est la solution la plus fluide pour la suite, mais elle ne récupère pas seule le passé, on l'a vu.
  • Une application tierce d'import, qui lit l'archive d'une marque et la réinjecte ailleurs. Utile pour les séances sportives, souvent stockées dans des formats d'activité standard.
  • Un outil indépendant de la marque, qui agrège plusieurs sources au même endroit. L'intérêt : votre prochaine montre ne sera plus un déménagement, juste une nouvelle source branchée.
Montre connectée posée sur un bureau, près d'un clavier

3. Faire le tri entre ce qui voyage et ce qui ne voyage pas

Soyons honnêtes : tout ne se transfère pas proprement. Voici une grille réaliste.

  • Voyage bien : pas quotidiens, séances sportives (durée, distance, trace GPS), poids, fréquence cardiaque brute.
  • Voyage mal : les phases de sommeil, découpées différemment selon les algorithmes ; les estimations de VO2 max ou de calories, calculées selon des formules propres à chaque fabricant.
  • Ne voyage pas : les scores maison (récupération, énergie, « readiness »). Ils n'ont de sens que dans l'écosystème qui les calcule.

Cette dernière catégorie est souvent celle qui fait le plus hésiter. Pourtant, un score propriétaire n'est jamais une mesure : c'est une interprétation. Ce qui compte vraiment sur le long terme, ce sont les données brutes qui l'alimentent. Nous avons d'ailleurs vu, à propos de la tension artérielle, que ce qu'une montre affiche n'est pas toujours ce qu'elle mesure.

4. Prévoir une période de recouvrement

Si c'est possible, portez les deux montres quelques jours en même temps. Pas pour comparer au pas près, mais pour repérer les écarts systématiques : une marque qui compte nettement plus de pas, un sommeil systématiquement plus long. Sans ce repère, vous risquez de lire une rupture de courbe comme un changement de mode de vie, alors que seul le capteur a changé.

Les erreurs qui coûtent l'historique

  • Supprimer l'ancien compte trop vite. Tant que l'export n'est pas téléchargé et ouvert, gardez le compte actif.
  • Compter sur la synchronisation pour le passé. Les passerelles transportent surtout le présent. Le passé passe par l'archive.
  • Ignorer les échéances de migration. Quand une marque change d'infrastructure, comme Fitbit vers Google, les dates comptent plus que les promesses.
  • Oublier de vérifier l'archive. Un fichier téléchargé mais jamais ouvert n'est pas une sauvegarde : ouvrez-le au moins une fois pour vérifier qu'il contient bien vos années.

Et si l'on ne voulait plus jamais déménager ?

La leçon d'un changement de montre, c'est qu'un historique enfermé dans une seule marque est un historique fragile. Le séparer de l'appareil change la donne : la montre devient un capteur parmi d'autres, remplaçable, et vos années de données restent où vous les avez mises.

C'est la logique que nous suivons chez Kantise : brancher des sources, comme le connecteur Withings, plutôt que de vous attacher à un matériel. Pour comprendre pourquoi nous avons fait ce choix, la page À propos raconte notre démarche.

Un historique bien conservé sert aussi au-delà de la curiosité personnelle : c'est lui que vous pourrez, le cas échéant, apporter à votre médecin pour montrer une tendance sur plusieurs années plutôt qu'une mesure isolée.

FAQ

Mon ancienne marque peut-elle refuser de me donner mes données ?

En Europe, non pour les données que vous avez générées : le droit à la portabilité du RGPD les couvre, et la CNIL cite explicitement les données de montre connectée. En cas de refus, vous pouvez saisir la CNIL en joignant la preuve de votre demande.

Pourquoi ma nouvelle application ne voit-elle que le dernier mois ?

Sur Android, Health Connect limite par défaut la lecture aux 30 jours précédant la première autorisation. Une application doit demander une permission d'historique dédiée pour aller plus loin. Sinon, c'est l'import de l'archive qui prend le relais.

Le Data Act rend-il ma montre actuelle plus ouverte ?

Pas directement. L'obligation d'« accès dès la conception » vise les produits mis sur le marché européen après le 12 septembre 2026. En revanche, le droit d'obtenir gratuitement les données de votre appareil s'applique depuis septembre 2025.

Mes scores de récupération ou de sommeil seront-ils conservés ?

Rarement sous une forme exploitable ailleurs. Ces scores sont calculés par chaque fabricant selon sa propre méthode. Conservez l'archive pour mémoire, mais misez sur les données brutes (pas, fréquence cardiaque, séances) pour la continuité.

Combien de temps garder l'ancien compte après le changement ?

Au minimum jusqu'à ce que l'archive soit téléchargée, ouverte et rangée en lieu sûr. Rien ne presse ensuite : un compte inactif ne coûte rien, alors qu'un compte supprimé trop tôt ne se récupère pas.

Prêt à découvrir un suivi qui ne dépend plus de votre montre ? Commencez par exporter votre historique aujourd'hui : c'est la seule étape qui ne peut pas attendre.

Sources

  1. CNIL, Le droit à la portabilité : obtenir et réutiliser une copie de vos données.
  2. Règlement (UE) 2023/2854 (Data Act), EUR-Lex.
  3. Alston & Bird (2025), The Data Act: 7 Things to Know About the Act & Connected Products.
  4. Android Developers, Health Connect — Read data.
  5. Google, How to move your Fitbit account to a Google Account.
  6. Apple, Share your data in Health on iPhone.
  7. Garmin, How Do I Export Data Out of Garmin Connect?
  8. Khazindar, Y. (2025), Data Portability for the Benefit of Society, Data Transfer Initiative.

Kantise est un outil d'observation, pas un dispositif médical. Les informations de cet article ne constituent pas un conseil juridique : pour un litige sur l'accès à vos données, rapprochez-vous de la CNIL.

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