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Calories de la montre : un chiffre estimé, jamais mesuré

Écrit par Pierrick co-fondateur de Kantise
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29 septembre 2026
Calories de la montre : un chiffre estimé, jamais mesuré

Vous terminez une séance, vous jetez un œil à votre poignet : 480 kcal. Le chiffre a l'air précis, presque comptable. Il ne l'est pas. Votre montre n'a jamais mesuré une seule calorie. Elle a fait une prédiction, et une étude publiée cet été montre que cette prédiction se trompe d'autant plus que la personne qui porte la montre a de la masse grasse.

Ce n'est pas une raison pour jeter votre montre. C'est une raison pour savoir lire ce chiffre, et surtout pour savoir quoi ne pas en faire.

Ce que votre montre mesure, et ce qu'elle devine

Au poignet, deux signaux sont réellement captés. L'accéléromètre enregistre vos mouvements. Le capteur optique envoie de la lumière dans la peau et suit ce qui revient : le sang absorbe la lumière, et les variations de ce reflet permettent d'estimer votre fréquence cardiaque.

La dépense énergétique, elle, ne se voit pas au poignet. Pour la mesurer vraiment, les laboratoires utilisent la calorimétrie indirecte : un masque qui analyse l'oxygène consommé et le gaz carbonique rejeté à chaque respiration. Votre montre n'a rien de tout cela. Elle combine le mouvement et le pouls avec ce qu'elle sait de vous, puis un algorithme en déduit un nombre de calories.

Apple le dit sans détour dans sa documentation : votre taille, votre poids, votre sexe et votre âge font partie des informations que la montre utilise pour calculer les calories brûlées. Autrement dit, deux personnes qui font exactement la même séance avec le même pouls n'obtiendront pas le même total si leur profil diffère.

Jason Kostrna, chercheur à la Florida International University, résume bien le problème dans un article paru le 21 septembre 2026 dans The Conversation : la montre s'appuie sur des signaux qu'elle mesure raisonnablement bien pour prédire quelque chose qu'elle ne peut pas mesurer directement. Or la composition corporelle, la condition physique, l'efficacité du geste ou la réponse physiologique à l'effort varient d'une personne à l'autre, et tout cela pèse sur la prédiction.

L'étude de 2026 : quatre montres face à un analyseur de gaz

L'équipe de Kostrna a publié ses résultats le 29 juillet 2026 dans PLOS One. Le protocole est simple et reproductible :

  • 58 adultes recrutés à Miami, âgés en moyenne de 23 ans, avec des taux de masse grasse et des carnations variés ;
  • quatre montres portées en même temps : Apple Watch Series 8, Fitbit Sense 2, Samsung Galaxy Watch 5 et Garmin Forerunner 955 ;
  • dix minutes de vélo couché, en alternant des intervalles de deux minutes d'intensité modérée et vigoureuse, encadrées par cinq minutes de repos et cinq de récupération ;
  • une référence de laboratoire : un analyseur métabolique portable COSMED K5, qui mesure les gaz respiratoires.

Le verdict est net. Sur l'ensemble des montres, l'erreur médiane, exprimée en pourcentage de la vraie dépense, tourne autour de 15 à 25 %. Et elle ne se répartit pas au hasard : trois montres sur quatre présentent un biais moyen significatif, dans le même sens.

Qui surestime, et de combien

Sur ce protocole court, le biais moyen, c'est-à-dire l'écart entre la montre et l'analyseur, était le suivant :

  • Garmin : +68,6 kcal en moyenne ;
  • Samsung : +56,8 kcal ;
  • Apple : +21,6 kcal ;
  • Fitbit : +3,1 kcal, mais ce chiffre flatteur est trompeur.

Pourquoi trompeur ? Parce que la Fitbit a produit sept estimations aberrantes, supérieures à 450 % de la valeur de référence, soit environ 13 % de ses essais. Les chercheurs les ont écartées pour calculer la moyenne. Si on les garde, le biais de la Fitbit grimpe à 128,6 kcal, de loin le pire des quatre. Une moyenne proche de zéro peut cacher une montre qui se trompe beaucoup, dans les deux sens.

Ces chiffres valent pour ce modèle de chaque marque, sur ce protocole et cette population. Ils ne constituent pas un classement définitif des marques, et les auteurs ne le présentent pas comme tel.

Le résultat qui dérange : la masse grasse

L'apport principal de l'étude est ailleurs. Plus le taux de masse grasse est élevé, plus l'erreur augmente, et ce sur les quatre montres, avec une pente plus raide pour Fitbit et Garmin. Le biais va lui aussi dans le sens d'une surestimation plus forte quand la masse grasse augmente.

Kostrna en tire une conséquence pratique qui mérite d'être lue deux fois. Avec un taux de masse grasse de 35 % ou plus et quatre heures de sport par semaine, la montre pourrait se tromper de 1 200 à 2 400 kcal sur la semaine. Presque l'équivalent d'une journée entière de nourriture, comptée comme « brûlée » alors qu'elle ne l'a pas été.

Le paradoxe est cruel : les personnes qui s'appuient le plus sur ce chiffre pour gérer leur poids sont précisément celles pour qui il est le moins fiable.

Et la couleur de peau ?

C'était l'autre question de l'étude. Les capteurs optiques sont connus pour être sensibles à la pigmentation. Ici, les chercheurs n'ont trouvé aucun effet mesurable de la carnation, sur les types III à V de l'échelle de Fitzpatrick. Ce résultat reste limité à ces types de peau et à ce protocole : il ne dit rien des carnations les plus claires ou les plus foncées.

Un problème ancien, pas un défaut de 2026

Si ces chiffres vous surprennent, sachez qu'ils ne sont pas nouveaux. En 2017 déjà, une équipe de Stanford menée par Anna Shcherbina avait testé sept appareils au poignet sur 60 participants, en marche, course, vélo et position assise. Les résultats, publiés dans le Journal of Personalized Medicine, dessinaient déjà le même contraste :

  • pour la fréquence cardiaque, six appareils sur sept restaient sous 5 % d'erreur médiane à vélo ;
  • pour la dépense énergétique, aucun appareil ne descendait sous 20 % d'erreur. L'erreur médiane allait de 27,4 % pour le meilleur (Fitbit Surge) à 92,6 % pour le pire (PulseOn).

L'étude de Stanford relevait aussi une erreur plus forte chez les hommes, chez les personnes à l'IMC plus élevé et chez les personnes à la peau plus foncée. Ce dernier point diffère du résultat de 2026, obtenu avec d'autres appareils et un autre protocole : la question n'est donc pas tranchée pour toutes les montres.

Une méta-analyse publiée dans le British Journal of Sports Medicine a élargi la focale en rassemblant 60 études et 104 comparaisons. Sa conclusion : la précision dépend fortement du type d'activité, et les résultats varient énormément d'une étude à l'autre. Un point encourageant tout de même : ajouter la fréquence cardiaque, ou un capteur de chaleur, à l'accéléromètre réduit l'erreur dans la plupart des activités.

La tendance de fond tient donc depuis près de dix ans : votre montre est plutôt bonne pour votre pouls, et approximative pour vos calories. C'est d'ailleurs la même logique que pour la tension artérielle mesurée au poignet : plus la valeur affichée est déduite plutôt que captée, plus il faut la lire avec prudence.

Ce que 20 % d'erreur veut dire concrètement

Un pourcentage reste abstrait. Prenons une séance que votre montre évalue à 500 kcal. Avec une erreur de 15 à 25 %, la dépense réelle peut s'écarter de 75 à 125 kcal de ce chiffre. Sur une seule séance, c'est peu. Mais ce type d'erreur a une particularité : quand elle va toujours dans le même sens, elle ne se compense pas, elle s'additionne.

C'est exactement le piège de la surestimation systématique observée chez trois montres sur quatre. Si vous « remangez » chaque soir les calories affichées par votre montre, l'erreur se reporte intégralement dans votre assiette. Et vous ne le verrez pas sur l'écran, puisque l'écran est la source de l'erreur.

Comment utiliser quand même ce chiffre

Les auteurs ne concluent pas que les montres sont inutiles. Kostrna rappelle que la durée d'un entraînement, la distance ou l'allure restent des informations utiles. Sa recommandation est de traiter le nombre de calories comme une estimation plutôt que comme une mesure exacte. Voici comment traduire cela au quotidien.

1. Comparez-vous à vous-même, jamais aux autres

Une montre qui surestime de 20 % le fera probablement de façon assez régulière chez vous. Le total absolu est faux, mais l'écart entre votre séance de lundi et celle de jeudi a davantage de sens. Les auteurs de l'étude évoquent d'ailleurs le suivi des changements chez une même personne comme une piste à étudier, sans l'avoir démontrée.

2. Ne changez pas de montre en cours de route

Garmin, Samsung, Apple et Fitbit ne se trompent pas de la même façon. Passer d'une marque à l'autre peut créer un saut de plusieurs dizaines de calories par séance qui ne correspond à aucun changement réel. Si vous changez d'appareil, considérez que votre historique de calories repart de zéro.

3. Soignez votre profil et la calibration

Puisque la taille, le poids, le sexe et l'âge entrent dans le calcul, un poids resté bloqué à celui d'il y a deux ans fausse le résultat. Apple indique aussi que la calibration, qui consiste à marcher ou courir en extérieur avec un bon signal GPS, peut améliorer la précision des calculs de calories.

4. Croisez avec un signal plus solide

Pour juger de votre équilibre énergétique, le signal le plus parlant reste l'évolution de votre poids sur plusieurs semaines, pas le compteur de la montre. Relier une balance connectée, par exemple avec le connecteur Withings de Kantise, permet de voir si la tendance du poids confirme ce que la montre raconte. Si la montre annonce un gros déficit et que le poids ne bouge pas, c'est probablement la montre qui se trompe.

5. Préférez le pouls pour piloter l'effort

Si votre objectif est de progresser plutôt que de compter, la fréquence cardiaque est un meilleur guide : c'est la mesure la plus fiable de votre montre. Votre fréquence cardiaque au repos en dit long sur votre forme, et les zones cardiaques structurent mieux un entraînement qu'un total de calories. C'est la logique que nous développons pour mieux s'entraîner quand on court en amateur.

Ce que l'étude ne dit pas

Quelques limites honnêtes, dont plusieurs soulignées par les auteurs eux-mêmes. Le protocole ne durait qu'une vingtaine de minutes, sur un vélo, et les montres enregistraient aussi pendant les phases de repos. Les participants portaient plusieurs montres à la fois, ce qui peut jouer sur le serrage du bracelet. La population, jeune et hispanique, ne représente pas tout le monde. Enfin, rien n'est dit sur la course, la musculation ou la dépense sur une journée entière.

Ces réserves ne renversent pas la conclusion. Elles rappellent qu'on ne connaît pas encore l'ampleur exacte de l'erreur dans votre situation à vous. Raison de plus pour ne pas faire de ce chiffre la base de vos décisions alimentaires.

FAQ

Ma montre connectée mesure-t-elle vraiment les calories brûlées ?

Non. Elle mesure vos mouvements et votre fréquence cardiaque, puis estime la dépense à l'aide d'un algorithme et de votre profil (taille, poids, sexe, âge). Seule la calorimétrie en laboratoire mesure réellement la dépense énergétique.

Quelle est la marge d'erreur des montres sur les calories ?

Dans l'étude publiée en 2026 dans PLOS One, l'erreur médiane des quatre montres testées se situait autour de 15 à 25 %. En 2017, l'étude de Stanford ne trouvait aucun appareil sous 20 % d'erreur, avec des écarts médians allant jusqu'à 92,6 %.

Les montres surestiment-elles ou sous-estiment-elles les calories ?

Dans l'étude de 2026, trois montres sur quatre surestimaient en moyenne la dépense, Garmin et Samsung plus nettement qu'Apple. La Fitbit avait un biais moyen proche de zéro, mais seulement après le retrait de sept valeurs aberrantes.

Pourquoi la masse grasse fausse-t-elle le calcul ?

L'étude constate le lien sans l'expliquer de façon définitive. Les auteurs évoquent des différences d'hémodynamique, de composition corporelle et d'efficacité du mouvement, ainsi que des algorithmes calibrés sur des populations où les personnes à forte masse grasse sont peu représentées.

Faut-il manger les calories affichées par sa montre après le sport ?

Avec prudence. L'auteur de l'étude recommande d'être conservateur avant d'utiliser ce chiffre pour décider de ce que l'on mange. L'évolution de votre poids sur plusieurs semaines est un repère plus fiable que le total d'une séance.

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Sources

  1. Kostrna J., Oparina E., Palacios C., Rodriguez A. J., Pei J., Ajmal A., Ramella-Roman J. C. (2026). Body fat, skin tone, and the accuracy of smartwatch caloric expenditure estimates. PLOS One, 21(7), e0353261.
  2. Kostrna J. (2026). The higher your body fat percentage, the less accurate your smartwatch is at measuring calories you burn when exercising. The Conversation, 21 septembre 2026.
  3. Shcherbina A., Mattsson C. M., Waggott D. et al. (2017). Accuracy in Wrist-Worn, Sensor-Based Measurements of Heart Rate and Energy Expenditure in a Diverse Cohort. Journal of Personalized Medicine, 7(2), 3.
  4. O'Driscoll R., Turicchi J., Beaulieu K. et al. (2020). How well do activity monitors estimate energy expenditure? A systematic review and meta-analysis of the validity of current technologies. British Journal of Sports Medicine, 54(6), 332-340.
  5. Apple. Calibrate your Apple Watch for improved Workout and Activity accuracy. Apple Support.

Kantise est un outil d'observation, pas un dispositif médical. Les informations de cet article ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé ou d'un diététicien.

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